Il y a des étapes qui ne sont pas seulement des certifications supplémentaires.
Elles viennent déplacer quelque chose dans notre manière de regarder la plongée, l’enseignement, l’accompagnement et la place de chacun sous l’eau.
L’obtention de ma certification IAHD (International Association for Handicapped Divers) Instructor Level 2, dédiée à l’accompagnement des personnes en situation de handicap dans la découverte et la pratique de la plongée sous-marine, fait partie de ces étapes.
Bien sûr, il s’agit d’une qualification. Elle demande un cadre, des compétences, des procédures, une attention rigoureuse à la sécurité. Mais pour moi, elle représente bien davantage qu’une ligne de plus dans un parcours d’instructeur.
Elle vient rejoindre directement ce que je cherche à développer avec Diving Aware : une plongée plus consciente, plus attentive, plus humaine.
La plongée comme espace de liberté
Depuis longtemps, je considère la plongée comme un espace particulier.
Sous l’eau, nos repères habituels changent. Le corps n’est plus soumis exactement aux mêmes contraintes. Le silence prend plus de place. La respiration devient centrale. Le mouvement se transforme. La relation à soi, à l’autre et au milieu devient différente.
Pour beaucoup de plongeurs, cette expérience est déjà forte.
Mais elle peut l’être encore davantage pour une personne dont le corps, la mobilité, les sensations ou les repères sont différents au quotidien.
Sous l’eau, certaines limites peuvent s’atténuer. D’autres ne disparaissent pas, mais elles peuvent être accompagnées autrement. Le rôle de l’instructeur n’est alors pas de faire entrer la personne dans un modèle unique de plongée, mais de chercher avec elle les conditions qui rendent l’expérience possible, sécurisée et pleinement vécue.
C’est cette idée qui me touche profondément.
La plongée ne devient pas seulement une activité. Elle devient un espace d’adaptation, de confiance et parfois de liberté retrouvée.
Un souvenir fondateur
Cette étape résonne aussi avec un souvenir ancien, qui a profondément marqué ma vie de plongeur.
En hiver 1993, à Saint-Pierre en Martinique, Michel Météry, alors directeur du centre UCPA, m’a proposé de l’accompagner dans une démarche scientifique menée avec une équipe médicale du CHR de Metz. Le projet concernait l’accompagnement en plongée d’enfants atteints de mucoviscidose, dans un cadre encadré, observé et médicalement suivi.
Je n’avais pas encore les mots que j’utilise aujourd’hui. Je ne parlais pas encore de plongée consciente, d’adaptation, d’inclusion ou d’accessibilité. Mais quelque chose s’est ouvert ce jour-là.
J’ai compris que la plongée pouvait être bien plus qu’une activité technique ou exploratoire. Elle pouvait devenir un espace où le corps, la respiration, la confiance et l’accompagnement prennent une dimension particulière.
Cette expérience a été une révélation. Elle est restée en moi, même lorsque mon parcours a pris d’autres directions.
Accompagner autrement
Former et accompagner des personnes en situation de handicap ne consiste pas à simplifier la plongée ou à réduire l’exigence.
Au contraire.
Cela demande davantage d’écoute, davantage d’observation, davantage de préparation et une capacité à adapter sans jamais improviser au détriment de la sécurité.
Chaque personne arrive avec son histoire, ses capacités, ses besoins, ses appréhensions, ses ressources. Il ne s’agit pas de partir de ce qui manque, mais de comprendre ce qui est possible, ce qui doit être adapté, ce qui doit être sécurisé, et ce qui permettra à la personne de vivre réellement son immersion.
Cette approche repose sur plusieurs fondations :
- l’écoute ;
- la confiance ;
- la précision ;
- l’adaptation ;
- le respect du rythme de chacun ;
- la sécurité ;
- la qualité de la relation.
C’est une autre manière d’enseigner. Plus fine. Plus attentive. Moins centrée sur une norme unique, et davantage sur la personne qui plonge.
Ne pas réduire la différence à un obstacle
Dans le monde de la plongée, nous parlons souvent de niveau, de prérogatives, de profondeur, de matériel, de performance ou d’expérience.
C’est nécessaire jusqu’à un certain point. La plongée reste une activité technique, avec des règles, des risques et des exigences.
Mais la plongée ne peut pas être réduite à cela.
Une personne ne se résume pas à une limitation physique, sensorielle, cognitive ou psychique. Elle ne se résume pas non plus à un protocole d’adaptation.
Elle reste d’abord une personne qui souhaite découvrir, apprendre, ressentir, explorer, partager, respirer sous l’eau et vivre une expérience.
Accompagner la plongée adaptée, c’est reconnaître les différences sans les enfermer. C’est refuser de les nier, mais aussi refuser de les transformer automatiquement en impossibilité.
C’est chercher un chemin juste.
Un chemin où l’accessibilité n’est pas un slogan, mais une pratique concrète.
Un chemin où l’inclusion ne signifie pas baisser le niveau d’exigence, mais adapter l’accompagnement avec sérieux.
Un chemin où la sécurité reste centrale, sans effacer la dimension humaine de l’expérience.
Une continuité naturelle avec Diving Aware
Cette certification trouve naturellement sa place dans Diving Aware.
Depuis le début, Diving Aware repose sur une idée simple : plonger avec conscience, ce n’est pas seulement regarder le milieu marin autrement. C’est aussi porter attention à la manière dont nous sommes présents sous l’eau.
- Présents au vivant.
- Présents à notre respiration.
- Présents à notre impact.
- Présents à la personne qui plonge à nos côtés.
La plongée consciente ne peut donc pas s’arrêter à l’écologie du geste ou à l’observation marine. Elle concerne aussi la relation humaine.
Un binôme n’est pas seulement quelqu’un qui partage une palanquée. C’est une personne dont nous devons percevoir le rythme, les signaux, les besoins, les limites, les ressources.
Dans l’accompagnement de personnes en situation de handicap, cette attention devient encore plus essentielle.
- Elle oblige à ralentir.
- À observer autrement.
- À écouter davantage.
- À sortir des automatismes.
- À considérer chaque immersion comme une rencontre singulière.
C’est exactement dans cette direction que je souhaite faire évoluer Diving Aware.
Accessibilité et exigence
Rendre la plongée plus accessible ne signifie pas rendre la plongée moins sérieuse.
C’est un point essentiel.
L’accessibilité ne doit jamais être confondue avec l’approximation. Elle demande au contraire une exigence renforcée : mieux préparer, mieux évaluer, mieux communiquer, mieux sécuriser, mieux accompagner.
Il ne s’agit pas de promettre que tout est possible dans toutes les conditions. Ce serait irresponsable.
Il s’agit de regarder honnêtement chaque situation, chaque personne, chaque environnement, chaque objectif, puis de construire une réponse adaptée.
- Parfois, cela ouvrira une possibilité.
- Parfois, cela demandera plus de temps.
- Parfois, cela nécessitera un cadre très spécifique.
- Parfois, cela impliquera de renoncer ou de différer.
Mais dans tous les cas, la décision doit reposer sur l’attention, la compétence et le respect.
Ce que l’eau peut offrir
L’eau a quelque chose de particulier.
Elle porte. Elle enveloppe. Elle ralentit. Elle transforme le rapport au poids, au mouvement, à l’équilibre, au silence.
Pour certaines personnes, cela peut créer une expérience très forte : sentir son corps autrement, découvrir une nouvelle mobilité, vivre une sensation de liberté, entrer dans un milieu où les repères habituels changent.
Je ne veux pas idéaliser cette expérience ni prétendre qu’elle est la même pour chacun. Elle ne l’est pas.
Mais je crois profondément que la plongée peut offrir des espaces précieux, à condition d’être accompagnée avec compétence, humilité et respect.
C’est dans cet esprit que je souhaite avancer.
Le prochain chapitre
Cette certification n’est pas un aboutissement.
C’est un point de départ.
Il faut maintenant continuer à apprendre, pratiquer, rencontrer, écouter, acquérir de l’expérience et construire progressivement une approche juste.
Je souhaite que cette nouvelle compétence permette à Diving Aware d’ouvrir davantage son champ d’action : non seulement sensibiliser à la protection du vivant sous-marin, mais aussi contribuer à rendre l’océan plus accessible à des personnes qui n’y auraient peut-être pas pensé, ou qui n’auraient pas imaginé que cette expérience puisse être possible pour elles.
La plongée consciente, pour moi, devient alors plus complète.
Elle ne concerne pas seulement la manière dont nous observons l’océan.
Elle concerne aussi la manière dont nous permettons à d’autres de le rencontrer.
Conclusion
Obtenir cette certification IAHD Instructor Level 2 représente une étape importante dans mon parcours.
Elle me rappelle que la plongée n’est pas seulement une affaire de technique, de profondeur ou d’exploration. Elle est aussi une affaire de relation, d’écoute, de confiance et d’adaptation.
Sous l’eau, chacun arrive avec son histoire.
Notre rôle, comme instructeur, n’est pas de faire entrer toutes les personnes dans le même cadre, mais de chercher le cadre juste pour que l’expérience soit possible, sûre et pleinement vécue.
Avec Diving Aware, je souhaite continuer dans cette direction : ralentir, observer, comprendre, respecter le vivant, mais aussi mieux accompagner l’humain.
Parce que plonger avec conscience, c’est aussi reconnaître la personne qui plonge à nos côtés.
Diving Aware
Ralentir. Observer. Comprendre. Respecter. Accompagner.
